Que réaliser avant de mourir ?

La Vie Positive veut contribuer à la 42ème édition du festival à la croisée des blogs, car le thème proposé par Julien du blog The Life List est : « que souhaitez-vous réaliser avant de mourir ? »

Dans la dernière édition, j’avais répondu au thème proposé en mon nom, car je pense que ma propre  expérience pouvait mieux éclairer mon message et démontrer que dans la vie, on peut toujours tirer du positif des expériences vécues comme négatives.

Cette fois, je ne souhaite pas mettre en avant ma réponse à la question : « que voulez-vous réaliser avant de mourir ? » Je préfère vous la poser et vous en poser d’autres qui y sont très liées. En effet, cette interrogation est très importante et assez déterminante si l’on veut atteindre la vie positive que je préconise.

On ne se pose pas souvent ce genre de questions actuellement, on est pris dans le tourbillon de la vie, on est très occupé, on a des soucis quotidiens à gérer. On a certes des projets, mais globalement on prend peu de temps pour s’interroger.

Eléments de réflexion

Je souhaite apporter ici des éléments de réflexion, qui puissent éventuellement vous aider à trouver vos propres réponses.

Analysons la signification des termes de la question « que réaliser avant de mourir ? »

Tout d’abord, l’expression « avant de mourir » introduit la notion du temps qui passe, et amène à considérer le caractère d’urgence à faire quelque chose de sa vie, avant qu’elle ne soit finie. Elle nous interpelle et nous fait prendre conscience – si ce n’était pas déjà fait – qu’il faudrait envisager d’y penser un minimum voire même fortement.

Quelle folie d’arriver au bout de sa vie et de se dire sur son lit de mort : « qu’ai-je fait de ma vie ? » sans s’être jamais posé la question bien avant :« que vais-je faire de ma vie ? »

Ca fait penser à une autre expression qui a pour effet de susciter notre attention, et même une pointe d’inquiétude presque métaphysique : « aujourd’hui est le premier jour du reste de ta vie. »

Réaliser

Le verbe clé qu’a choisi Julien, c’est « réaliser ». Il n’a pas utilisé le verbe « faire », qui a une connotation matérielle. « Réaliser », c’est beaucoup plus que faire, c’est accomplir, faire exister. Réaliser, c’est agir selon son idéal, ses valeurs .On réalise un projet, un rêve. On se réalise dans une belle action. Il y a donc la notion de quelque chose de grand, de supérieur, qui a été conçu au préalable par la pensée et qui élève la personne quand elle l’a réalisé.

Ce questionnement sur ce que l’on veut réaliser dans sa vie, nous ramène inévitablement à celui du sens de la vie. Est-ce que ma vie a un sens ?

Le sens de la vie

« Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort » Saint-Exupéry, Terre des hommes

Personnellement, j’ai commencé à m’interroger sur le sens de ma vie à l’adolescence. A l’époque, j’étais plutôt taciturne, pas très gai, et n’avais aucune idée de ce que serait ma vie. Ceux qui étaient joyeux et paraissaient sûrs de leur avenir m’agaçaient. J’aimais beaucoup une chanson de Maxime le Forestier intitulée « ça sert à quoi tout ça ? »

Un beau matin,
On vient au monde.
Le monde
N’en sait rien.
Puis on grandit,
On recommence
La danse
De la vie,
Et puis on use nos mains
À continuer le chemin
Qu’avaient commencé nos ancêtres.
Je sais qu’un jour va venir
Où ce chemin va finir.
Ce jour viendra bientôt, peut-être.

Les paroles de cette chanson traduisaient exactement mon désarroi face à ces questions existentielles : on naît, on vit, et puis on meurt. Et tout ça pour quoi, dans quel but ?

C’est pourquoi, jeune, j’ai adoré lire Camus pour qui « le sens de la vie est la plus pressante des questions. » Encore cette idée d’urgence pour trouver le sens et pour agir aussitôt qu’on l’a trouvé.

La réponse des religions

Camus était athée. Les religions répondent ou sont sensées répondre à la question du sens de la vie. Pour les croyants monothéistes, notre vie a un sens puisqu’elle donne lieu à un jugement de Dieu basé sur la valeur de nos actes. De plus, quand on croit qu’il y a une forme de vie après la mort, la vie terrestre sera évaluée comme bonne ou moins bonne par ce jugement divin.

Les bouddhistes considèrent qu’il y a deux voies suivies par les hommes, soit celle de la souffrance, comparable à l’ascétisme, soit celle des plaisirs matériels et de l’attachement aux sens. La voie moyenne préconisée par Bouddha consistant à chercher le nirvana en se détachant à la fois de toutes possibilités de plaisirs et de tout excès d’austérité. Les bouddhistes peuvent alors vivre sereinement en ayant leur réponse à la question « Pour quoi vivons-nous ? »

Les philosophes, les écrivains

De tout temps, les philosophes, les écrivains ont débattu sur le sens de la vie. Certains dont je ne partage pas du tout le point de vue, ont dit : « la vie n’a pas de sens ». Kafka fait ressortir l’absurdité et l’impression de vacuité ressenties par l’être humain. Freud, avec tout le respect que l’on peut lui devoir, dit cette énormité : « Quand on commence à se poser des questions sur le sens de la vie et de la mort, on est malade, car tout ceci n’existe pas de façon objective. » La propre vie de Freud démontre exactement le contraire, puisqu’il a inventé la psychanalyse, qui a entraîné tout un courant de pensée sur la psychologie depuis la fin du 19ème siècle.

C’est un peu comme si on disait que la vie de Pasteur n’avait pas eu de sens.

Quand on y réfléchit, la vie en elle-même n’a pas de sens tant qu’elle n’a pas été vécue, et tant que la personne qui la vit, n’en fait rien.

Si l’on considère la vie d’un dictateur, elle a effectivement un sens. Mais les actes commis par lui nous font regretter qu’il ait pu naître un jour.

Revenons au terme « réaliser ». Si l’on réalise dans sa vie quelque chose de positif, de constructif, de grand, la vie prend alors un tout autre sens.

La vocation

Certains individus ont très tôt une vocation et mettent tout en œuvre dès leur enfance pour en faire leur métier. On pense à des médecins, à des infirmières qui disent être nés pour soigner. Souvent ces personnes confondent leur vie et leur profession. L’homme qui m’a sauvé la vie est de cette trempe. Après une longue carrière de professeur de médecine et de chef de service hospitalier, il est parti faire de l’humanitaire au Kosovo.

Il est évident qu’il y a longtemps que de tels êtres humains ne se posent plus la question du sens de leur vie. Et je vous souhaite très sincèrement d’être dans ce cas.

L’histoire fourmille d’exemples d’hommes ou de femmes qui ont consacré leur vie à telle ou telle cause. Et c’est cette cause qui a dirigé leur vie.

La liberté

On retrouve aussi la notion de liberté. Celui qui n’a pas de vocation particulière, comme j’imagine la plupart des gens, a des goûts, des aspirations, des valeurs. Et le sens qu’il va donner à sa vie en dépend. Le sens dans les deux acceptions, la signification et l’orientation. Il a le choix de faire ce qu’il a envie de faire, et de tout faire pour que s’accomplisse son projet de vie.

Pour qu’il s’y épanouisse, il faut que ses valeurs soient en adéquation avec son choix. Je pense, par exemple, à un militaire de carrière, qui a des valeurs très fortes d’amour de son pays, de fidélité à son engagement et à ses chefs, de droiture, de sens de l’honneur, de responsabilité. Un tel homme confronté à ce qu’il considère comme un manquement de l’Etat, va être face à un dilemme, soit il bafoue sa valeur de fidélité en désertant, soit il obéit à sa hiérarchie en exécutant des actes contraires à son honneur. On a connu dans l’histoire des officiers supérieurs qui ont mis fin à leurs jours, car renier leurs valeurs leur devenait impossible, puisque ça ôtait tout sens à leur vie.

La mission de vie

Dire ce qu’on veut faire de sa vie, c’est définir sa mission de vie. Celle-ci est très liée à notre identité, à notre appartenance à quelque chose de plus vaste, à une communauté, à un groupe humain, à un système de pensée.

Pour mieux la définir, il est fondamental de connaître ses propres valeurs, et d’en déterminer quatre ou cinq qui vous semblent les plus importantes. Pour vous éclairer, je vous donne les miennes, dans l’ordre d’importance : humanité, liberté, tolérance, authenticité, optimisme

Cette mission de vie se présente sous forme d’une phrase composée d’un verbe et d’un complément d’objet. Par exemple : « aider mes semblables à être heureux » ou encore « contribuer aux progrès de l’humanité ».

Lorsqu’on a fait ce travail de réflexion pour définir ses valeurs, ses buts, sa mission de vie, ce que l’on veut réaliser dans sa vie en découle beaucoup plus facilement. Nos actes sont les moyens d’atteindre nos buts et d’accomplir notre mission de vie.

Le héros que vous êtes

Une dernière idée qui concerne la dimension d’héroïsme et de notoriété. Beaucoup d’êtres humains veulent laisser quelque chose après leur mort. Comme un héritage de l’œuvre de leur vie. C’est un énorme moteur pour atteindre ses buts dans la vie, qui tire l’homme vers le haut. Devenir célèbre de son vivant a du énormément motiver des personnages d’exception comme Steve Jobs, qui a révolutionné le monde technologique et artistique.

Et vous, donnez-moi votre point de vue.

Que voulez-vous réaliser dans votre vie ? Quel héros voulez-vous être ? Avez-vous défini votre mission de vie ?

Sinon, posez-vous, prenez du temps pour vous, faites une retraite, pensez-y.

Et vous verrez comme la vie est positive.